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La perspective de ma victoire ne me réjouit même pas, je reste maussade depuis Landore. La dernière couronne franchie, nous sommes arrivés dans le recoin de la galaxie le plus morne, ce qui n’est pas pour améliorer mon état d’esprit. Les escales sur ces planètes d’élevages et de multicultures sont d’une tristesse sans nom. Tout est entièrement robotisé sur ces trois fermes planètes et les seuls cris animaux sont ceux des lafhontins, unique espèce réglementée par le syndicat agro-galactique. Le ballet ininterrompu de ces machines d’équarrissage à engluement chimique est un triste rodéo...
PAR THIERRY BEDOUET

Le vaisseau accuse les rudesses des intempéries galactiques. J'entends des craquements nouveaux et les voyants lumineux réagissent curieusement.
Malgré tout, je bénéficie d'une confortable avance maintenant. C'est donc serein que je me suis posé sur Oho, la planète aux dix milles jardins. Rapidement j'ai quitté le parcours balisé bondé de touristes pour entrer au "Sulfaire Nimbien" un bistro de quartier. Là, des Luzérians en goguette m'ont proposé discrètement du nectar "bleu lagon", un psychotrope étrange.
Tu penses bien que c'est dans un esprit de pure connaissance scientifique que je me suis laissé tenter à l'expérience. Bouffées délirantes, hallucinations (toujours bleues) et autres effets psycho-sensoriels passés, j'ai dompté les réticences de mes nouveaux camarades et me suis joint à leur expédition dans la jungle des arbres-plateaux géants.
C'est au bout d'une bonne heure de marche que nous vîmes ce que j'ai cru être un ange : une petite créature humanoïde d'un blanc pur et lumineux, bondissant de branche en branche à l'aide des tentacules soyeux de sa tête. Je n'ai jamais vu un être d'une telle douceur.
Mes compagnons l'ont abattu d'un coup de carbolazer puis, préalablement éventré, ils ont fouillé ses boyaux pour en extraire la sécrétion biliaire et la verser directement dans un flacon "bleu lagon".
Au retour, bizarrement déprimé, tremblant, j'avais besoin de quelque chose à quoi m'accrocher... déjà addict ? Je leur ai acheté deux flacons.
PAR GWENOLE LE DORS

Mon périple avance à grands pas et je suis sur le point de
réussir mon pari ! Tu l'auras compris avec cette cocasse carte postale (je sais que tu les collectionnes), je t'écris de Landore la planète marécageuse et ses mythiques et peu farouches femelles
tentaculaires... J'y ai rencontré une divine beauté, une mystérieuse amazone aux gracieuses tentacules, elle m'a dit son nom mais je ne saurais le retranscrire par écrit, d'ailleurs je ne me
souviens plus très bien du son qu'elle émettait pour se désigner. J'ai hésité à ne pas repartir, faire ma vie là-bas en sa compagnie, je ne dois mon retour à la raison qu'à Toxique, oui j'ai
baptisé ainsi mon compagnon clandestin Umbroiztien. Tu savais, toi, que les poulputes de Landore t'inoculent insidieusement une substance chimique au moyen de leurs tentacules qui te rend amoureux
insatiable mais soumis à leur charme ? Un perfide philtre d'amour n'est-ce pas ? Toxique m'a presque kidnappé pour me faire quitter Landore, et a dû m'enfermer plusieurs jours dans une soute (drôle
de retournement de situation !) le temps que le poison me rendant dément et éperdument amoureux soit éliminé de mon organisme. Je vais mieux et suis désormais concentré sur la fin de mon voyage...
Il n'empêche, un doute persiste à mon esprit, et si j'avais raté l'amour de ma vie ?